Laurent Chaudeurge (BDL Capital Management), interviewé par Funds Watch : “BDL Transition est un fonds à la fois multithématique, ISR et équilibré”

En charge de la stratégie de développement et de construction des portefeuilles, et co-gérant du fonds BDL Transition, Laurent CHAUDEURGE présente la vision ESG de BDL CM, leur système propriétaire d’analyse ESG des entreprises (QIRA), et une application concrète de ces principes dans la gestion du fonds BDL Transition.

FundsWatch : Pouvez-vous nous en dire davantage sur la philosophie ESG de votre maison de gestion ?

Laurent CHAUDEURGE : L’approche responsable est dans l’ADN de BDL Capital Management. Elle se définit non seulement par son approche conceptuelle, mais par notre démarche d’accompagnement des entreprises entreprises qui montrent les signes d’un changement vers des pratiques plus responsables. C’est un des rôles que nous nous donnons.

Cette transition sera progressive et inégale. Certaines entreprises sont en avance, d’autres commencent juste à mettre de nouvelles initiatives en place. L’impact de BDL sera plus important en accompagnant les entreprises en évolution plutôt qu’en ne sélectionnant que des entreprises qui sont déjà considérées comme les plus ESG. En effet, BDL constate que les très grandes entreprises ont plus de moyens à consacrer à la publication de données ESG. Cela ne veut pas dire qu’elles sont nécessairement plus vertueuses que des entreprises qui ont jusque-là moins communiqué.

FundsWatch : Faisons un focus sur le fonds BDL Transition. Quelles sont les caractéristiques principales de la grille permettant d’affiner l’univers de valeurs ?

LC: Le premier filtre appliqué concerne la contrainte géographique et la contrainte de taille d’entreprises. Passent le tamis les sociétés européennes de capitalisation, ou de chiffre d’affaires, dépassant le milliard d’euros. A noter toutefois que nous ne nous interdisons pas, ponctuellement, d’investir dans des dossiers hors Europe. Nous excluons d’emblée certains secteurs : l’armement, le tabac et le charbon. A noter sur ce dernier point que le charbon est une exclusion formalisée, mais nous précisons que nous n’avons pas de producteur de pétrole ou d’acteurs des services pétroliers dans le fonds.

Nous excluons ensuite, dans cet univers de valeurs encore vaste, les 20% des acteurs ayant les moins bonnes notes ESG chez notre fournisseur Sustainanalytics. Ensuite, une dernière exclusion : nous enlevons les entreprises ayant une note « Controverse » de 5, note fournie également par Sustainanalytics, et qui traduit l’exposition de l’entreprise à des « accidents » à fort impact négatif (du pot-de-vin à l’accident industriel, en passant par l’affaire judiciaire embarrassante). Pour donner un exemple concret sur ce dernier point, quand le Pont de Gênes s’est effondré en août 2018, la société Atlantia (concessionnaire de construction et de gestion d’autoroutes), qui exploitait également l’ouvrage, s’est retrouvée soudainement en note 5 de « Controverse ». Elle sortait alors mécaniquement de nos filtres d’investissement. Nous n’en avions pas en portefeuille, et tant bien même nous en aurions eu, nous nous serions donnés un mois pour la sortir.

Enfin, il reste du travail pour arriver à 40 valeurs, soit le nombre de lignes du fonds, que nous souhaitons bien réparti côté secteurs. A tout moment dans le fonds, 75% des secteurs de l’économie sont représentés. C’est une des originalités par rapport à d’autres fonds ISR, permettant d’éviter des biais sectoriels trop marqués.

Une fois ce travail effectué, il reste une sélection en trois étapes, à imaginer comme trois marches successives à monter :

La première est la qualité intrinsèque de l’entreprise et de son métier (établissement et lisibilité des perspectives de croissance, rentabilité).

Une fois franchie cette première marche, c’est la marche ESG qui se présente, marche dont la montée est rendue possible par une note de 12/20 minimum à notre test QIRA (voir plus bas). L’idée est de se dire que nous voulons être actionnaire de long terme et accompagner les entreprises dans leur transformation, mais nous voulons déjà un degré d’engagement ESG solide.

Une fois cette deuxième marche franchie, c’est celle de la mesure du rendement attendu, que nous voulons de 5% à horizon 3 ans.

A titre d’exemple, une valeur comme l’Oréal qui passe allègrement les deux premières marche, trébuche sur la troisième.

Ainsi, c’est la succession de ces trois étapes qui assure un équilibre à notre fonds et qui le distingue dans l’univers désormais vaste des fonds ISR. Et qui lui a permis de montrer une résilience importante, notamment sur le mois de novembre, avec une superformance marquée sur une grande majorité de fonds d’investissement responsable.

Mais notre travail de gérant ne s’arrête pas là, et une analyse fondamentale poussée des valeurs passant tous ces filtres permet d’arriver à une quarantaine de titres, en prenant soin, comme nous le disions, d’équilibrer les secteurs, de choisir l’acteur qui paraît le plus performant entre deux acteurs d’un même secteur, etc.

FW : Revenons sur votre système de notation propriétaire QIRA. Pourquoi développer un système de notation maison ? Pouvez-vous nous le présenter ?

LC: La corrélation des notes ESG entre les cabinets de notation étant encore trop faible, et parce que nous souhaitons apporter notre propre compréhension de l’analyse ESG à nos clients, nous avons voulu aller au bout de la démarche et développer un système maison, baptisé QIRA, acronyme qui signifie : Quality Investing Responsible Analysis. C’est l’outil que nous utilisons lors de deuxième « marche »  explicitée plus haut. Finalement, nous mettons notre exigence d’analyse et de compréhension des sociétés – notre ADN depuis 15 ans-  au service de l’ESG. C’est pour ces différentes raisons que nous ne sous-traitons donc pas cette approche.

Maintenant, comment retranscrire au mieux notre philosophie avec notre méthode QIRA ? L’idée est d’arriver à donner une note sur 20 à une entreprise donnée. Nous avons surpondéré l’environnement et la gouvernance (le E et le G de ESG), à égalité, à 40% chacun. Tout simplement car nous considérons que sans gouvernance idoine, rien ne se passe, et que l’environnement est de loin la dimension où les choses bougent le plus, et où l’impact financier est le plus fort. Le social (S de ESG) vient compléter, avec 20% de pondération.

Au fond, la démarche résume bien notre philosophie : sélectionner des entreprises de qualité dont les pratiques s’attachent à rendre leur modèle économique durable.
Le socle de QIRA repose sur 2 piliers fondamentaux pour l’analyse ESG d’une entreprise à savoir la « Transparence » de l’information et la « Qualité » des pratiques ESG. Notre dialogue régulier avec les entreprises, la lecture des rapports annuels et de soutenabilité et d’autres documents nous permettent de remplir ce questionnaire pour donner une note de transparence ESG à chaque entreprise dans laquelle nous investissons.

FW : Avec 5 thématiques (Energie & Ecologie, Digitalisation, Mobilité et Infrastructure, Santé & Bien Être, et Nouveaux Enjeux économiques), le fonds Transition est exposé aux grandes tendances de demain. Comment avez-vous défini ces 5 thématiques ? Pouvez-vous expliciter davantage le dernier de ces 5 thèmes : “Nouveaux Enjeux Economiques” ?

LC: Ce sont en effet les 5 grandes thématiques de notre fonds BDL Transition, mais ne le réduisons pas à un fonds Megatrends. Transition est un fonds multithématique, ISR et équilibré. Pour chacune des 40 sociétés présentes en portefeuille, nous pensons pouvoir répondre à l’affirmative à la question simple suivante : « Est-ce que l’entreprise sera plus grande et plus forte d’ici 5 ou 10 ans ? » Et ce grâce à ce qu’elle fait pour s’adapter à ce monde nouveau, dont les 5 thèmes identifiés sont des piliers de création de valeur.

Par exemple nous avons du mal à répondre « oui » à cette question pour un constructeur automobile à l’heure actuelle, y compris un acteur fortement engagé vers les motorisations électriques. En revanche, nous avons un équipementier suédois, Autoliv, leader mondial des airbags, qui lui, coche l’ensemble de nos cases.

Pour répondre à votre dernière question, sur les « nouveaux enjeux économiques », nous partons du constat désormais tristement partagé par la communauté scientifique que le réchauffement progressif de la planète est à l’origine de l’accélération et de l’amplification des catastrophes naturelles. Un dirigeant d’entreprise aujourd’hui doit faire face à de nouveaux risques. Par exemple, le métier d’assureur est en pleine mutation ; notez d’ailleurs que nous trouvons dans le fonds, parmi les financières, principalement des assureurs. Citons, parmi nos lignes existantes : Munich Re, Zurich, ou encore Generali.

Nous pensons également au potentiel de croissance du secteur de la normalisation, des tests qualité et de l’audit. La pandémie aura d’ailleurs été un catalyseur sur ce sujet…

La tendance générale est que les grandes entreprises, pour réduire leur émission de gaz à effet de serre doivent travailler avec leurs fournisseurs, eux-mêmes audités pour pouvoir accéder aux procédures d’appel d’offres. A titre d’exemple, Bureau Veritas, acteur majeur de la certification, est présent en portefeuille.

FW : Un dernier mot sur le fonds, ou plus largement sur votre démarche ?

LC: Nous ajoutons simplement que nous avons décidé de reverser 20% des frais de surperformance à une association pour l’enfance, association restant à définir en début d’année prochaine. Nous souhaitons ainsi donner une dimension sociétale qui fait sens : en ciblant l’aide à l’enfance, c’est notre volonté d’impact positif sur la planète que nous laisserons aux générations à venir qui s’exprime.

Propos recueillis par Alexandre TIXIER

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