Hughes Beuzelin, co-fondateur de BDL Capital Management, et Flavien Del Pino, en charge de la vente, explicitent leur stratégie

 « Une gestion fondamentale qui prend en compte les aspects quantitatifs »

Par : Benoît Descamps

Créée en 2005, BDL Capital Management est une société de gestion bien connue des CGP notamment pour son fonds BDL Rempart Europe. Hughes Beuzelin et Flavien Del Pino nous présentent leurs stratégies et convictions concernant l’évolution des marchés.

Profession CGP : Pourriez-vous nous présenter votre société rapidement ?

Hughes Beuzelin : Avec Thierry Dupont et Thierry Levallois – qui nous a quitté depuis – nous avons créé BDL il y a 16 ans, après avoir travaillé ensemble chez Morgan Stanley. A nos débuts, nous gérions 10 millions d’euros. Les actifs sous gestion atteignent désormais 2 milliards, notamment grâce à des partenariats forts avec Rothschild & Cie et le fonds souverain d’Abu Dhabi. Nous sommes aujourd’hui 28 personnes, dont une équipe de 8 analystes, l’une des plus étoffées parmi les maisons indépendantes françaises. D’autres recrutements sont par ailleurs en cours. Nous avons toujours beaucoup investi, aussi, dans nos outils informatiques et propriétaires.

Nous sommes une société de gestion entrepreneuriale, engagée aux côtés de nos investisseurs puisque nos collaborateurs investissent une part significative de leurs bonus dans nos fonds. Notre approche repose sur une gestion à la fois fondamentale et quantitative. L’Europe est notre terrain de jeu, et nous nous voulons proches des entreprises, avec 1500 rencontres de dirigeants chaque année. 

Quelle est votre perception actuelle de l’environnement macro ?

H. B. : Les politiques actuelles sont équivalentes à celles mises en place après la seconde guerre mondiale : des déficits budgétaires sans précédent et une création monétaire importante. L’objectif est clair : soutenir la croissance et l’inflation pour faire baisser l’endettement. L’économie est comprimée comme un ressort, notamment en Europe, et l’épargne est au plus haut. La reprise devrait donc être très forte, d’autant que la hausse des prix des matières premières pourra être répercutée par les entreprises.

Par ailleurs, la période est favorable au stock-picking : la corrélation des cours de bourse a fortement diminué et leurs évolutions reflètent de nouveau les fondamentaux.

Quelle est votre politique en matière ESG ?

H. B. : Nous avons davantage une politique d’accompagnement plutôt que de sanction. Nous avons mis en place notre propre système de notation, QIRA pour Quality Investing Responsible Analysis. Cet outil nous permet de prendre en compte des critères à la fois quantitatifs et qualitatifs dans notre évaluation des efforts ESG d’une entreprise. Nos rencontres avec les dirigeants nous permettent de nous faire une bonne idée de l’évolution de leurs pratiques sur ces sujets. La lecture du rapport ISR d’une entreprise ne suffit pas.

Pourriez-vous nous présenter votre gamme de fonds ?

H. B. : Nous disposons tout d’abord du fonds long-short BDL Rempart Europe. Ce fonds se positionne à l’achat et à la vente selon les convictions des gérants, toujours sur des valeurs et non pas des indices, avec 30 à 35 lignes en portefeuille. Nous n’investissons que dans des entreprises dont le chiffre d’affaires ou la capitalisation boursière dépassent 1 milliard d’euros : C’est en effet à partir de cette taille critique que les entreprises sont assez structurées pour réaliser des opérations de croissance externe ou se développer à l’international. La partie longue du portefeuille est composée de valeurs dont les business model sont bien établis, mais sous-valorisés par le marché. Sur la partie short, nous recherchons des valeurs dont les produits sont obsolescents, ou dont la valorisation ne reflète plus les fondamentaux, qui ont des problèmes à venir… Le fonds peut avoir une exposition nette au marché qui varie selon les opportunités de stock-picking, de 0 à 100 % en théorie (actuellement 65 %).

Flavien Del Pino : Nous disposons également d’un fonds Long Only, BDL Convictions, reprenant les investissements de la poche longue de BDL Rempart Europe. Sans biais de style, ce fonds investit dans des entreprises au bon business model (cash flows récurrents, pricing power, maîtrise de l’intensité en capital, présence à l’international…) et au bon prix. Ce critère de valorisation raisonnable est essentiel pour disposer d’une marge de sécurité suffisante.

De son côté, Durandal est un fonds market neutral à objectif de performance absolue. Positionné comme un fonds défensif, il s’agit d’un fonds peu volatile absorbant les chocs de marché, à l’image de celui de Mars 2020 où Durandal n’a baissé que de 4.5%.

Récemment, nous avons lancé BDL Transition, un fonds labellisé ISR, qui investit sur cinq grandes thématiques structurelles : l’énergie et l’écologie, la digitalisation, la mobilité et les infrastructures, la santé et le bien-être, les nouveaux enjeux économiques. 

BDL Rempart Europe a connu une certaine sous-performance l’an passé…

H. B. : Tout à fait, nous avions placé nos capitaux sur des métiers économiquement résilients mais très impactés en cas de confinement. Nous avons modifié plus de 50% de nos investissements et déplacé nos capitaux vers des leaders industriels dont les cours de bourse avaient beaucoup baissé. 

Depuis, BDL Rempart Europe a bien rebondi et a retrouvé ses plus hauts historiques. J’en profite d’ailleurs pour remercier à nouveau les investisseurs qui ont continué de nous faire confiance durant cette période.

Mise à jour le : 29/04/2021

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