L'ESG ne doit pas devenir un totem

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   Publié le  
August 28, 2023
 par 
Laurent Chaudeurge

L'ESG ne doit pas devenir un totem

La crédibilité de l’ESG s’est affaiblie ces douze derniers mois. Deux grandes tendances sont à l’œuvre : la politisation croissante de l’ESG et son assimilation à un totem que chacun doit vénérer et personne ne peut contester.

Les trois lettres E, S, G apportent une dimension morale nécessaire au monde financier et à son économie capitaliste. Elles représentent aussi des facteurs intangibles qui contribuent à la valeur des entreprises, au même titre que des licences, des brevets ou des parts de marché. Ces dernières années, elles ont indiscutablement acquis un statut particulier et de plus en plus elles sont traitées comme un seul bloc« ESG ».

C’est une erreur importante et nuisible à l’avancée d’un capitalisme responsable. En unifiant dans un seul mot des sujets environnementaux complexes, des politiques sociales contraintes et variées et des problématiques de gouvernance subjectives, les politiques trouvent un moyen de rendre leur message plus simple et plus percutant. Ils brandissent l’ESG comme un totem, vénéré ou craint selon l’agenda politique qui est avancé.

Ce phénomène a pris de l’ampleur aux Etats-Unis et engendré un fossé de plus en plus large entre les Etats« pro ESG » et « anti ESG ». Ceux qui diabolisent l’ESG estiment que le concept est tellement dangereux qu’il ne peut en aucun cas être pris en compte dans les décisions d’investissement des fonds de pensions américains. A l’inverse, les Etats « pro ESG » ont tendance à imposer de plus en plus de contraintes sur les entreprises et les acteurs financiers et à museler toute contestation potentielle. Si les trois lettres n’étaient pas associées, les débats seraient plus variés et les positions moins dogmatiques.

Le E est souvent à l’origine de ces postures antagonistes. C’est lui qui a permis aux 3 lettres de prendre autant d’importance. Le S et le G existaient déjà, mais le E, par l’intermédiaire du réchauffement climatique, est venu catalyser le potentiel. Et c’est aussi parce que le E est progressivement passé d’un dialogue scientifique à un débat politique que l’ESG devient un concept clivant plutôt que trois facteurs parmi d’autres qui augmentent la valeur à long terme des entreprises.

Un exemple récent et regrettable suffit à illustrer le risque d’une pensée unique nuisible au E et donc à l’ESG. Fin juillet, le Dr. John Clauser, un des trois lauréats du prix Nobel de Physique 2022, devait faire une intervention devant le FMI sur le thème de la fiabilité des prévisions des modèles climatiques du GIEC. L’argument principal de Dr. Clauser est que les nuages ont un effet réfléchissant, et donc refroidissant, bien plus élevé que l’effet réchauffant du CO2. L’impact du réchauffement climatique sur les nuages n’est pas bien compris et les effets de rétroactions sont très mal pris en compte dans les modèles. L’incertitude sur les prévisions de ces modèles est donc bien plus élevée que ce qui est présenté. Le GIEC lui-même indique dans ses rapports que les nuages constituent la principale source d’incertitude sur ses prévisions.

Il semble que cette argumentation ait été jugée trop conflictuelle et l’intervention du Dr. Clauser a été annulée en dernière minute. Ces pratiques font plus de mal que de bien à la crédibilité du E. Plus le débat semblera verrouillé et politique, moins il emportera l’adhésion naturelle du grand public. Le problème du réchauffement climatique est trop important pour que nous ne fassions pas tout notre possible pour le résoudre. Dans ce contexte, c’est en autorisant la confrontation des idées et la remise en question objective des connaissances établies que nous préciserons le diagnostic et les mesures à mettre en place. Nous devons aussi faire preuve d’humilité à deux niveaux : premièrement, il est toujours risqué de simplifier à l’extrême des sujets trop complexes et deuxièmement, malgré tous nos progrès, il nous reste encore beaucoup à apprendre sur le fonctionnement de notre planète.

Les 3 lettres E, S et G sont trois facteurs distincts qui contribuent à la valeur des entreprises. Les prendre en compte est essentiel, les unifier et les ériger en totem au-dessus des autres facteurs est dangereux. C’est en dépolitisant l’ESG et en favorisant la diversité des opinions que nous avons le plus de chance de faire émerger durablement un capitalisme plus responsable.

L'ESG ne doit pas devenir un totem